Vallauris – Octobre 1971

Partis de Paris la veille au soir, nous avons roulé toute la nuit vers le Sud. La plupart de nos voyages commençaient ainsi. Une halte rapide à Vary pour compléter le chargement et nous roulions sans nous arrêter, échangeant tour à tour la couchette ou la place du chauffeur. Annie était souvent du voyage, sur le siège du passager. Chargé de tout le matériel de funambule, le camion ne pouvait pas rouler vite et nous prenions toujours les petites routes. Lorsque la lune était pleine, elle illuminait la campagne d’une lumière blafarde et nous roulions souvent tous feux éteints pour admirer ce paysage irréel. Au petit matin, j’aimais être au volant pour voir le soleil percer la brume au détour d’une route.

Cette fois encore le voyage nous a gratifié de ces instants magiques et nous arrivons à Vallauris en début d’après midi. Le village célèbre les 90 ans de Picasso et Philippe y est invité pour donner un spectacle. Comme chaque fois avec Philippe, le montage sera fastidieux, épuisant, et s’achèvera bien après la tombée de la nuit.

1h30 du matin et dans le silence de la nuit Philippe essaie son câble. Après la frénésie du montage, je savoure ces moments de calme avec une sérénité profonde. Sur son fil, il semble survoler les maisons du village et du bout de son balancier il répand sur le sommeil des petits enfants ses rêves féeriques. Le marchand de sable est passé.

Le Marchand de Sable