Il fait encore nuit et les matinées sont froides en cette fin Avril. A l’affût dans ma tenue de camouflage, j’attends le lever du jour et, je l’espère, l’arrivée d'un petit oiseau noir et blanc au capuchon écarlate. Imperceptiblement, une lueur diffuse commence à filtrer à travers les feuillages et dessine des formes incertaines dans la pénombre. De loin en loin quelques chants d’oiseaux réveillent la forêt. Les arbres sortent doucement de leur sommeil.

Puis l’aube irradie le ciel et les premiers rayons de soleil se posent sur les branches les plus hautes. Dans tout le pays c’est la même effervescence. De l’herbe jusqu’à la cime des arbres la forêt toute entière vibre de vie. La nature m’accueille dans son intimité et je savoure ces instants précieux comme un privilège rare lorsque ma patience est enfin récompensée. Il est là, quelque part au-dessus de moi, tout près… Un pic à ventre roux cherche une compagne et lance ses appels dans le vent.

La veille j’avais repéré des trous de pic dans ce tronc et le voilà qui vient s’y percher. J’observe alors son rituel, il est immuable. Le pic se poste à proximité du trou qu’il a creusé dans le tronc, ou sur un arbre voisin, puis il appelle sans relâche. Par moment il pénètre dans le trou et ressort la tête pour lancer de nouveaux appels. Entre chaque vocalise il scrute les alentours pour voir si une femelle se présente. Parfois il disparaît de longs moments dans la forêt pour aller se nourrir, mais il revient immanquablement sur l’arbre qu’il a choisi. Ce manège peut durer des jours et des jours, le pic ne se lassera pas.